Il y a cette
vague berlinoise, tout se fait à Berlin, la mode, le cinéma, la musique, les
arts plastiques.
Et tout le monde va à Berlin.
Il est vrai que les appartements et les ateliers y
sont moins chers qu’à Londres, New York ou Paris. Peut-être devrait-on
parler plutôt de la vague pauvre qui pousse les artistes à s’installer à
Berlin. C’est circonstanciel, comme l’apparition des premières caméras
portables a pu donner naissance à l’art vidéo. Si les ateliers et loyers
parisiens revenaient à des prix plus humains, il y aurait une vague
parisienne.
Il vient de se terminer une exposition à Tel Aviv
concernant la scène picturale berlinoise « I’m a Berliner »*. Des peintres
berlinois puissants, violents, intéressants certes, mais pas plus qu’à
Paris. Il ne suffit pas d’habiter Berlin pour avoir du talent, enfin pas
plus qu’à Romainville ou Barbizon.
C’est la raison pour laquelle cette exposition ne
s’appelle pas « I’m a Romainvillois ».
Il est donc permis de s’intéresser à toute autre
chose et précisément aux grandes figures.
On peut rêver aux toutes premières grandes figures,
de celles que le nourrisson voit se pencher sur son berceau. Elles tentent
d’entrer en contact, elles parlent, désirent quelque chose. Cette demande
est bien mystérieuse, inquiétante, le sens ne se fait pas encore et comment
y répondre ? Avec le temps, les grandes figures du berceau deviendront des
rencontres, des amis, des amours mais, la question restera : qui se cache
derrière cette figure ? Que me veut-elle ?
L’art évoque cette rencontre avec les grandes
figures dans une langue qui lui est propre, une langue à sentir. La mise en
mots reste toujours un peu à côté, comme une traduction, une médiation. Le
langage visuel existe à part entière. Peut-être que cela est encore plus
flagrant dans la peinture dite figurative où se situe quelque chose de très
humain, ne serait-ce que par le geste de la main qui travaille encore la
matière, le corps sur la toile, comme un film compressé, proposé sur un seul
plan, un rêve visible. Tout y est dans un temps plus court et curieusement
plus abstrait. La figuration contemporaine reflète la multiplicité des
propos, des détournements ; la couleur la plus lumineuse a un revers noir,
la séductrice est un père de famille et le voyou un honnête âne. Il est
certain qu’on en voit de toutes les couleurs, notamment avec les réseaux
sociaux où de multiples figures viennent s’ouvrir sur un seul plan, une
seule page. La peinture se rapproche de cela, elle défie la perception
monolithique et l’on ne sait jamais tout à fait ce qu’elle demande, quel est
son pouvoir profond sur nos désirs.
L’exposition commence le lundi de Pâques en
compagnie de grands magiciens, de grandes figures de la peinture et se
termine à la veille du second tour des élections présidentielles, comme un
voyage entre la spiritualité et le réalisme, certainement une nouvelle vague
plus internationale que berlinoise.